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Jamie Fergusson

C’est lorsqu’elles apportent des solutions et offrent au secteur privé la possibilité de créer des emplois de qualité et de la croissance que les banques de développement sont les plus utiles. Mais il ne suffit pas pour cela d'avoir une assise financière et de l’appétence pour le risque. Il faut aussi être capable de percevoir des opportunités qui n’existent pas encore, disposer d’un pouvoir fédérateur, posséder une expertise interdisciplinaire dans tous les secteurs et tous les pays, porter des interventions politiques appropriées, faire preuve d’une grande persévérance et accepter la possibilité d’un échec.

C’est le défi que représente la préparation de ce cocktail parfait qui m’a attiré vers de nouvelles fonctions à IFC, à la tête de ce que nous appelons nos activités « amont ». Il s’agit de promouvoir des innovations en matière de produits, de marchés et de réglementation, ainsi que des interventions susceptibles de débloquer des investissements dans un délai de trois à cinq ans. Nos actionnaires nous soutiennent dans notre ambition : nous nous employons à recruter des collaborateurs dédiés à ces activités dans chaque région et dans chaque secteur dans lesquels nous travaillons, à concevoir de nouveaux systèmes et de nouvelles mesures d’incitation, et à constituer rapidement un portefeuille d’interventions prometteuses.

La pandémie de COVID-19 engendre des défis, mais aussi des opportunités. IFC est aujourd’hui mobilisée pour soutenir les entreprises et préserver le plus grand nombre d’emplois possible. Avec la pandémie, il est également devenu urgent de discuter avec les pouvoirs publics afin de déterminer comment les aider à attirer les investissements privés pour que le redressement soit rapide et plus durable.

Il est tentant de parler de nos activités en amont en évoquant les interventions à long terme fructueuses qui ont été menées par le passé et qui ont déjà créé des marchés. Mais cela ne refléterait pas la réalité opérationnelle de mes collègues, qui expérimentent de nouvelles idées, poursuivent des projets auxquels ils croient mais qui s’avèrent difficiles, et abandonnent ceux qui ne fonctionnent pas. Voici quatre pistes de réflexion auxquelles mes collègues réfléchissent actuellement.

  1. Il faut renforcer de toute urgence la capacité des Caraïbes à affronter et surmonter les ouragans. L’une de nos équipes cherche à créer un marché pour des habitations et des bâtiments capables d’y résister. Les défis sont nombreux : les banques, les constructeurs et les propriétaires ne disposent pas des connaissances nécessaires pour déterminer ce qui répond aux critères de robustesse ; il n’existe pas de règles de construction standard à l’échelle régionale ; et les services de prêts immobiliers et de prêts à la construction sont insuffisants et onéreux. Aussi l’équipe étudie-t-elle les lacunes et la taille du marché et testera l’hypothèse suivante : les acteurs du marché pourraient adopter un outil de classification de la résilience climatique des bâtiments s’il était associé à des financements et à des conseils sur mesure en matière de prêts à la construction et de prêts immobiliers.

  2. En Afrique, comme ailleurs, les gouvernements se démènent pour faire face à la crise du coronavirus. Nous nous sommes associés à une entreprise sud-africaine pour mettre au point et déployer un modèle commercial innovant qui permettrait d’augmenter les capacités de test et de traitement dans toute l’Afrique. Ce projet prévoit la création et le déploiement d’unités de dépistage modulaires, la mise à l’essai du concept dans plusieurs pays africains et, en parallèle, la collaboration avec les autorités nationales pour structurer des modèles de partenariat public-privé commercialement viables en vue d’une montée en puissance. La mise en œuvre de ce projet à grande échelle et à grande vitesse représente un énorme défi, mais les retombées positives pourraient être considérables.

  3. En Ukraine, 71 % des terres sont consacrées à l’agriculture. Si la propriété foncière a bien été privatisée après la chute de l’Union soviétique, elle reste morcelée et les 7 millions de minuscules parcelles ne peuvent être ni vendues ni utilisées comme garantie pour emprunter. C'est pourquoi les investissements ont été insuffisants pendant des décennies. Nos équipes travaillent avec les autorités ukrainiennes sur la réforme du marché foncier, avec les banques et les distributeurs de matériel agricole sur des produits de prêt qui pourraient voir le jour si la terre pouvait servir de garantie, et sur l’accroissement des investissements dans l’irrigation et la transformation des aliments à valeur ajoutée. Si ces efforts aboutissent, ils pourraient générer des investissements massifs, créer de nombreux emplois et permettre à l’Ukraine de redevenir le grenier à blé qu’elle était autrefois.

  4. Aujourd’hui, 9 % seulement des plastiques sont recyclés au niveau mondial, ce qui est à l’origine d’une grave pollution marine. La plupart des plastiques sont charriés par les cours d’eau jusqu’à la mer, en particulier en Asie. La mauvaise gestion des déchets plastiques n’est pas qu’une nuisance visuelle : on estime son coût environnemental à 75 milliards de dollars par an. Avec l’Asie comme terrain initial, les équipes d'IFC cherchent à développer une approche de collaboration systématique avec les pouvoirs publics, les fabricants de plastiques, les entreprises de produits alimentaires et de biens de consommation, les compagnies de gestion des déchets et les marchés financiers qui permettrait de réduire les plastiques à usage unique, d’améliorer les pratiques de gestion des ordures ménagères, notamment la collecte et le recyclage des plastiques, et de concevoir des produits financiers innovants, tels que les obligations bleues. Si l’on parvient à coordonner ces interventions avec les pays qui le souhaitent, elles pourraient créer des opportunités pour le secteur privé et apporter une réelle solution à un problème sinon insoluble.

Je ne sais pas combien de ces projets ou d’autres initiatives en amont d’IFC seront couronnés de succès. Certaines seront abandonnées au stade de la réflexion, d’autres seront poursuivies pendant plusieurs années et pourront générer des investissements substantiels, et une poignée d’entre elles changeront la donne et créeront de nouveaux marchés. Je suis toutefois convaincu que tous ces efforts permettront de créer de nouveaux marchés qui seront une source d’emplois, de croissance, d’opportunités et de stabilité dans les pays en développement qui ont été ébranlés par les conséquences financières et sanitaires de la pandémie. Cette approche pourrait également transformer le financement du développement. Et c’est absolument passionnant.

Jamie Fergusson est directeur des activités amont d’IFC. Pour le contacter : jfergusson@ifc.org

Publié en juin 2020