Interview

Action climatique : le rôle clé des institutions financières

Will Beloe, responsable mondial par intérim pour les financements climatiques, IFC. Photo : Nicolas Douillet/IFC Will Beloe, responsable mondial par intérim pour les financements climatiques, IFC. Photo : Nicolas Douillet/IFC

Depuis plus de 15 ans, Will Beloe aide les institutions financières des marchés émergents à développer leurs activités dans le domaine du climat. En tant que spécialiste principal du secteur à IFC et actuellement responsable mondial par intérim pour les financements climatiques, Will Beloe est chargé de concevoir et mettre en œuvre dans les plus de 800 institutions financières partenaires d'IFC une stratégie mondiale visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Q : En quoi consistent les financements climatiques ? 

R : Les financements climatiques, ce sont les fonds qui contribuent à « l'atténuation » du changement climatique — c'est-à-dire à réduire ou éviter les émissions de carbone — et à « la résilience et l'adaptation », ce qui consiste à gérer les risques et les effets du dérèglement du climat. Le déficit de financement pour l'atténuation et l'adaptation dans les marchés émergents est considérable, il devrait se situer entre 1 700 et 3 400 milliards de dollars par an d'ici 2030. Et c'est là que les financements du secteur privé entrent en jeu, car on estime qu'il devra fournir environ 80 % des investissements nécessaires. 

Q : Quelle est l'action d'IFC dans ce domaine ? 

R : IFC aide les entreprises des marchés émergents à accéder aux capitaux dont elles ont besoin pour mener à bien cette transition et, ainsi, contribuer à la transformation des économies. Pour ce faire, nous agissons sur plusieurs leviers : nous veillons à ce que les institutions financières soient formées et bien outillées ; nous établissons des normes mondiales pour garantir que le marché des instruments financiers verts, bleus et autres se développe de manière durable ; nous partageons les risques d'investissement avec des partenaires pour réduire les coûts du capital et rendre la transition aussi efficace que possible pour le secteur privé ; nous créons des instruments pour aider les investisseurs institutionnels à mettre leur argent en commun afin d'assurer une transition rentable de l'économie vers un mode de croissance durable. 

Les institutions financières ont constitué des portefeuilles d'investissement respectueux du climat, allant des bâtiments écologiques à l'agriculture climato-intelligente. Photo : Joel Vodell/Unsplash Les institutions financières ont constitué des portefeuilles d'investissement respectueux du climat, allant des bâtiments écologiques à l'agriculture climato-intelligente. Photo : Joel Vodell/Unsplash

Q : Vous travaillez directement avec les institutions financières. Sur quoi concentrez-vous votre activité ?

R : Ma mission est de soutenir les institutions financières afin qu'elles puissent développer des portefeuilles d'investissement respectueux du climat qui financent toutes sortes de choses, depuis les bâtiments verts jusqu'aux énergies renouvelables, en passant par l'agriculture climato-intelligente et d'autres domaines émergents tels que les véhicules électriques et l'économie bleue. C'est primordial, car nous devons mobiliser les immenses volumes de capitaux disponibles dans le monde pour investir dans cette transition aussi rapidement que possible. De toute évidence, le rendement à long terme de ces investissements sera bien supérieur à celui des options classiques.

Q : Quelles sont selon vous les principales pistes d'action ?

R : Le changement climatique perturbe les chaînes d'approvisionnement et augmente le coût des transactions. Parmi les 177 institutions financières récemment interrogées par IFC, 41 % considèrent déjà le risque climatique comme l'une des trois principales menaces pour leur activité. Par ailleurs, 90 % d'entre elles s'attendent à ce que la part des financements climatiques dans leurs portefeuilles augmente. Le moment est donc tout à fait opportun pour les aider à gérer les risques, à communiquer sur ce sujet et à investir dans un développement sobre en carbone, principalement dans les villes. Cela nécessitera une gamme toujours plus large d'instruments financiers, des obligations vertes aux obligations bleues, en passant par les obligations indexées sur le développement durable et d'autres produits émergents.


« Nous devons mobiliser les immenses volumes de capitaux disponibles dans le monde pour investir dans cette transition aussi rapidement que possible. »
- Will Beloe, responsable mondial par intérim pour les financements climatiques, IFC
Le déficit de financement pour l'atténuation du changement climatique et l'adaptation dans les marchés émergents est considérable, il devrait se situer entre 1 700 et 3 400 milliards de dollars par an d'ici 2030. Photo : Xiang Ji/Unsplash Le déficit de financement pour l'atténuation du changement climatique et l'adaptation dans les marchés émergents est considérable, il devrait se situer entre 1 700 et 3 400 milliards de dollars par an d'ici 2030. Photo : Xiang Ji/Unsplash

Q : Comment IFC évolue-t-elle avec le temps ?

R : Nos activités liées au climat dans le secteur financier ont explosé. Rien que l'année dernière, IFC a investi 4,5 milliards de dollars — soit 40 % de ses activités dans ce secteur — pour aider 50 institutions financières à intensifier leurs activités dans le domaine climatique. En outre, IFC s'est engagée à aligner 85 % de ses nouveaux projets sur les objectifs de l'accord de Paris à compter du 1er juillet 2023, et 100 % de ces investissements à partir du 1er juillet 2025. Cela signifie que les risques et les opportunités en lien avec le climat sont désormais intégrés dans toutes les facettes de notre travail dans ce domaine.

Q : Que faut-il faire pour garantir que les institutions financières tiennent leur promesse de financer une nouvelle économie climatique ?

Les institutions financières ne peuvent pas agir seules. Les investissements dans l'atténuation et l'adaptation ont souvent des coûts initiaux élevés, souffrent de l'insuffisance de données et des fluctuations monétaires, et ils s'inscrivent sur le long terme. Par ailleurs, les institutions financières n'ont pas en interne la capacité de développer une optique climatique et de concevoir de nouveaux produits financiers. C'est pourquoi il faut que les gouvernements mettent en œuvre des réglementations et des incitations claires et cohérentes, et que les institutions de financement du développement telles qu'IFC contribuent au partage des risques d'investissement et à la formation de leurs clients.