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Madagascar relance ses exportations de viande de zébu

juillet 9, 2018

Jason Hopps and Neha Sud, IFC Communications

TOLAGNARO, Madagascar — Depuis plusieurs générations à Madagascar, le zébu est symbole de pouvoir et de prospérité. Cet animal de trait à la silhouette caractéristique, avec sa bosse, ses longues cornes recourbées et son immense fanon sous le cou, figure même sur le blason du pays. Dans les rues animées d’Antananarivo, la capitale de la Grande Île, voitures et taxis Citroën brinquebalants lui cèdent la priorité — et dans les restaurants chics comme dans les petites gargotes, les clients affamés se délectent de ses steaks grillés.

Malgré l’importance de cet animal, les troupeaux de zébus ont fortement régressé, de 23 millions de têtes au début des années 80 à environ 6 millions aujourd’hui. Un entrepreneur malgache entend pourtant reconstruire la filière et relancer les exportations de viande de zébu qui ont pratiquement disparu, plombées par des décennies de sous-investissement et le manque de soins vétérinaires adaptés.

Soutenue par un prêt de 7 millions de dollars et d’importants services de conseil de la Société financière internationale (IFC), la société BoViMa (Bonne Viande de Madagascar) est en train de construire un parc d’engraissement et un abattoir modernes à proximité de Tolagnaro, dans la région pauvre du sud de Madagascar. Le parc s’approvisionnera en zébus et en aliments pour animaux auprès des éleveurs et des agriculteurs locaux, ce qui créera des emplois et génèrera des activités commerciales.

Un bétail sain pour une industrie saine

La relance des exportations de viande de zébu ne sera pas une sinécure, ne serait-ce qu’à cause de l’effondrement du cheptel. En outre, les zébus qui paissent aujourd’hui dans les prairies fertiles du pays sont beaucoup plus petits qu’il y a 20 ou 30 ans. Pour réalise le projet de BoViMa une réalité, il va falloir remédier notamment à l’absence d’un système de gestion du bétail, notamment pour assurer la santé des animaux, la sécurité ou encore les normes vétérinaires.

IFC a sollicité l’aide de la Banque mondiale pour améliorer la supervision de la santé animale et permettre ainsi au pays d’exporter de la viande. La Banque mondiale apporte 53 millions de dollars pour financer une initiative de formation des vétérinaires, de modernisation des laboratoires et d’optimisation des infrastructures, dont l’installation de cuves d’immersion et d’un couloir de contention. Ces améliorations permettront à Madagascar d’émettre des certificats vétérinaires reconnus à l’international et d’ouvrir la voie aux exportations. La viande de zébu sera expédiée depuis le port de Tolagnaro, modernisé en partie grâce à un financement de la Banque mondiale.

Image: Du bétail sur les rives du fleuve Ifaho, à Madagascar.

Membre du groupe SMTP, BoViMa envisage de produire de la viande de zébu pour le marché national et international, notamment en direction des Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, où la demande explose. Danil Ismael, fondateur et directeur général de l’entreprise, espère ainsi donner un coup de fouet plus que bienvenu à l’économie malgache, où le chômage est endémique et où 60 % des populations en milieu rural vivent de l’élevage.

« Je suis convaincu que le projet de BoViMa va métamorphoser le sud du pays », indique M. Ismael. « Nous achèterons les animaux à des agriculteurs locaux ainsi que les 90 000 à 120 000 tonnes d’aliments dont nous aurons besoin chaque année pour nourrir les bêtes. À terme, nous travaillerons avec un réseau d’au moins 12 000 agriculteurs et éleveurs. »

L’activité bat déjà son plein sur le chantier, où quelque 250 ouvriers posent les briques et coulent le béton des futurs bureaux, de l’abattoir et du parc d’engraissement de BoViMa. Pour la plupart d’entre eux, il s’agit de leur premier emploi formel. Une fois les installations opérationnelles, BoViMa deviendra le premier employeur de la région.

Par ailleurs, les équipes du projet travailleront en collaboration avec les agriculteurs pour associer leurs pratiques traditionnelles à des techniques modernes et durables qui leur permettront d’agrandir leurs troupeaux et d’augmenter leurs revenus. IFC aide BoViMa à mettre en place une chaîne d’approvisionnement solide, reposant sur un système de gestion du bétail et d’un programme d’aide aux petits éleveurs et agriculteurs.

« N’ayant jamais pratiqué la vaccination et la médecine moderne, de nombreux éleveurs restent sceptiques », explique Nenana Bodo, nutritionniste chez BoViMa. « Nous nous rendons donc dans tous les villages, pour sensibiliser les éleveurs à la santé animale. »

Récolte près du village de Mongaiky, à Madagascar

Les enjeux autour de cette initiative

La stratégie de BoViMa contribuera à la formaliser la filière de l’élevage à Madagascar et à renforcer la sécurité alimentaire, tout en approvisionnant les marchés locaux en abats riches en protéines.

L’entreprise entend également développer un système d’énergie renouvelable alimenté au biogaz, à l’éolien et au solaire, dans le but de devenir autosuffisante cinq ans après le démarrage de la production, en 2019. Pour l’irrigation, le parc d’engraissement et l’abattoir utiliseront les réserves encore inexploitées du fleuve Ifaho, à proximité du site du projet.

L’agriculture, qui assure plus d’un quart du produit intérieur brut du pays, est l’un des piliers de l’économie malgache. Une fois opérationnelles, les installations de BoViMa devraient contribuer significativement à la croissance économique, en offrant des débouchés aux agriculteurs et aux éleveurs locaux et en suscitant d’autres investissements dans les infrastructures.

Pour les agriculteurs comme Jeannot Koto, BoViMa va révolutionner l’achat et la vente de bétail. Aujourd’hui, il parcourt à pied 20 kilomètres sur des chemins accidentés pour aller au marché — sans aucune garantie de trouver preneur pour ses bêtes.

« Avec BoViMa, c’est le marché qui viendra à nous », se réjouit-il. « J’aimerais tellement que notre viande de zébu soit suffisamment bonne pour pouvoir être exportée. Notre région pourrait ainsi se développer. »

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Publié en juillet 2018