Les leçons de l'expérience 4: Financement de l'infrastructure privée



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Résumé analytique


Les leçons de l'expérience 4: Financement de l'infrastructure privéeRésultats sur le terrain

Cinq exemples illustrent l'ampleur des changements touchant les services d'infrastructure dans de nombreux pays aujourd'hui :

  • En 1996, la Prudential Power, compagnie d'assurances ayant son siège aux États-Unis, a signé l'un des premiers prêts jamais consentis par un assureur au titre d'un projet d'infrastructure privé dans un pays en développement. Ce prêt de 40 millions de dollars sur 16 ans a été accordé dans le cadre d'un prêt syndiqué de la SFI pour la réalisation de la centrale de Sual aux Philippines, un projet entièrement nouveau, et non coté, de 1,4 milliard de dollars.
  • En août 1994, le Gouvernement de la Côte d'Ivoire a signé un contrat de 19 ans par lequel l'État s'engage à acheter l'énergie produite dans le cadre du premier projet de production d'électricité par le secteur privé en Afrique subsaharienne. Cinq mois plus tard, le montage financier était prêt. La centrale de 100 MW est devenue opérationnelle en avril 1995, tournant à 83 % de sa capacité de production au cours des six premiers mois, soit 3 % de plus que l'objectif prévu.
  • En 1993, la SFI a participé au financement d'une centrale électrique, dont la structure inédite permettait de réduire le risque-pays. En effet, les générateurs de la première centrale électrique privée du Guatemala sont installés sur une barge, qui pourrait être remorquée en cas de non-paiement. Les pays d'Amérique centrale ont été nombreux à suivre l'exemple du Guatemala, puisqu'en 1996, la plupart d'entre eux comptaient des centrales indépendantes et privées.
  • En 1993, lors de la privatisation de 30 % du capital de la Société de télécommunications de Hongrie, le gouvernement avait spécifié que le réseau devait se développer au rythme de 15 % par an, pour atteindre 35 lignes pour 100 habitants d'ici 2002. Ayant déjà investi environ 1 milliard de dollars pour la période 1995­p;96 seulement, la société progresse rapidement sur cette voie. En décembre 1995, le gouvernement a continué à privatiser la société en vendant 37 % du capital aux investisseurs stratégiques pour 852 millions de dollars. Les privatisations dans le secteur de l'infrastructure sont l'une des raisons pour lesquelles le volume moyen de l'investissement direct étranger par habitant en Hongrie a été plus de 10 fois plus élevé que dans les pays d'Europe centrale et orientale en 1990­p;94.
  • En 1993, le contrat de concession attribué pour la gestion des services d'alimentation en eau et d'assainissement fournis aux 6 millions d'habitants de Buenos Aires prévoyait une réduction de 27 % des tarifs. En deux ans, 400 000 branchements d'eau et 250 000 raccordements au réseau d'égouts ont été effectués (surtout dans les quartiers pauvres), la qualité de l'eau potable s'est améliorée, le délai moyen de réparation est tombé de 180 à 48 heures et Buenos Aires a connu son premier été sans pénurie d'eau depuis 15 ans.

Il y a dix ans encore, rien de tout cela aurait été un seul instant imaginable. Aujourd'hui, de plus en plus de pays font appel à la concurrence et recourent à des projets d'infrastructure faisant intervenir le secteur privé (PIP). La SFI a contribué au financement d'un grand nombre de ces projets novateurs. Au mois de juin 1996, elle avait ainsi approuvé 3,1 milliards de dollars de financement au titre de 148 projets, d'un coût total de 29 milliards de dollars, dans 40 pays. Le présent rapport fait suite à un document publié en septembre 1994 1 et tire certains des derniers enseignements de l'action que la SFI poursuit en fournissant des financements et des conseils pour promouvoir la participation du secteur privé dans le domaine de l'infrastructure.

Les aspects positifs

Trois tendances positives se dégagent de l'évolution récente du financement de projets d'infrastructure privés dans les pays en développement :
  • Accroissement du volume des financements ainsi que du nombre de pays et de sous-secteurs concernés. Le volume total estimé des financements destinés à des projets d'infrastructure faisant intervenir le secteur privé dans les pays en développement a doublé entre 1993 et 1995, passant d'environ 17 à plus de 35 milliards de dollars. De juin 1994 à juin 1996, la SFI a pour la première fois financé des projets dans des pays tels que le Bangladesh, la Chine, la Côte d'Ivoire, le Honduras, la Jordanie, la Lettonie, le Panama, la République dominicaine, la Tanzanie, l'Uruguay et le Vietnam. Du point de vue sectoriel, c'est aussi la première fois que ces financements allaient à un aéroport, un projet de transports en commun et plusieurs routes à péage.
  • Accélération de la privatisation des actifs existants. En 1994, dernière année pour laquelle des chiffres sont disponibles, l'État a cédé pour 10,1 milliards de dollars d'actifs détenus dans 75 sociétés du secteur de l'infrastructure dans 30 pays.
  • Nouvelles sources de financement. Des sociétés d'assurances commencent à financer des PIP dans les pays en développement. De même, les organismes publics de financement, tels que les agences de crédit à l'exportation, ont adopté des programmes qui permettent d'accorder des financements ou des garanties dans le cadre de projets d'infrastructure impliquant le secteur privé. Les banques commerciales ayant appris à mieux connaître les PIP, les financements qu'elles accordent se sont également développés au cours des deux ou trois dernières années. L'expansion du programme de prêts syndiqués de la SFI témoigne d'ailleurs de cette évolution. Parti de presque rien, le financement local se développe aussi dans certains pays, quoique lentement. Enfin, d'assez grandes entreprises à capitaux locaux commencent à voir le jour et à investir des sommes importantes.


Les progrès ne sont pas uniformes

Le développement des activités reste en grande partie concentré dans quelques pays et dans les secteurs de l'électricité et des télécommunications. En 1993, par exemple, neuf pays (Argentine, Colombie, Hongrie, Inde, Malaisie, Mexique, Pakistan, Philippines et Thaïlande) absorbaient à eux seuls 99 % des prêts internationaux destinés à des PIP. Ces mêmes pays, auxquels étaient venus s'ajouter l'Indonésie et la Turquie, en absorbaient encore 97 % en 1995. Jusqu'ici, de 10 à 15 pays seulement ont réellement progressé sur la voie de la privatisation et de la restructuration de leur marché. Un plus grand nombre d'entre eux ont commencé à libéraliser leurs services d'infrastructure, mais les progrès restent limités. Et dans certains pays, on commence à peine à envisager la participation du secteur privé. Pourquoi? L'entrée d'entreprises privées dans le secteur de l'infrastructure est un processus difficile à gérer et politiquement sensible. En outre, les conséquences politiques peuvent être immédiates alors que les avantages économiques d'une libéralisation dans le secteur de l'infrastructure ne se feront sentir que plus tard. Les progrès plus ou moins grands enregistrés dans ce domaine montrent dans quelle mesure les gouvernements sont parvenus à surmonter ces obstacles politiques.

Les projets d'infrastructure faisant intervenir le secteur privé se distinguent de la plupart des autres investissements privés car ils impliquent une participation directe de l'État en tant qu'autorité de tutelle, acheteur ou fournisseur. Aussi incombe-t-il à l'État d'aider à créer les conditions qui permettront aux transactions d'aboutir. On a recours à de nombreuses formules, qui ouvrent des possibilités pour les investisseurs mais comportent aussi des risques. Les problèmes tiennent parfois au fait que toutes les parties intéressées manquent d'expérience. Il arrive aussi que l'État ait des attentes irréalistes ou ne mène pas correctement le difficile processus d'octroi des concessions. Parfois, la transaction ne peut aboutir car l'engagement de l'État tarde trop à venir. Parfois encore, le financement voulu a été mobilisé, mais des pressions politiques conduisent les autorités à retirer la concession accordée, à ne pas apporter les ajustements nécessaires aux tarifs ou à limiter l'accès aux devises. Les risques à gérer dans les PIP sont donc d'ordre technique et politique. Il arrive en effet que des projets bien montés échouent car l'engagement de l'État fait défaut. Ainsi, ce qui est réalisable varie énormément d'un pays et d'un moment à l'autre.

Les transactions qui aboutissent font évoluer les politiques

C'est la volonté politique qui fait la différence entre les pays qui sont allés le plus loin dans les PIP et les autres. Pour bénéficier d'un large appui, les réformes doivent se traduire par de nouveaux investissements et une amélioration des services offerts. À en juger par l'expérience de la SFI, il semble que les PPI bien structurés et entrepris de façon transparente créent localement les appuis nécessaires à la poursuite de la politique de libéralisation. Bon nombre des pays dans lesquels les premiers PPI ont été financés il y a deux ou trois ans ont depuis continué à ouvrir les services d'infrastructure au secteur privé.

Les transactions récentes de la SFI

Entre juin 1994 et juin 1996, le Conseil d'administration de la SFI a approuvé près de 1,5 milliard de dollars de financement au titre de 64 projets d'un coût total de 13,8 milliards de dollars. Quinze de ces projets concernaient l'Argentine, ce qui témoigne de l'ampleur de l'effort de libéralisation et de privatisation de ce pays dans le secteur de l'infrastructure. Parmi les autres transactions majeures, citons cinq projets dans le secteur de l'électricité au Pakistan (ce qui dénote l'existence d'un bon cadre directif), une concession pour la distribution de l'eau et les services d'assainissement au Brésil, un projet ferroviaire au Chili, des réseaux régionaux de base pour les télécommunications au Bangladesh et en Indonésie, des réseaux cellulaires en Jordanie et en Bolivie, et des réalisations portuaires au Panama, au Vietnam et en Chine.

Les services de conseils aux gouvernements préparant des opérations de dénationalisation dans le secteur de l'infrastructure se sont beaucoup développés. Entre l'exercice 93 et l'exercice 95, la SFI a démarré neuf missions uniquement consacrées aux services-conseils pour des projets d'infrastructure faisant intervenir le secteur privé. Huit nouveaux mandats de conseils ont été signés pendant l'exercice 96. Le travail porte de plus en plus sur les transactions politiquement les plus sensibles, là où la neutralité de la SFI en tant que membre du Groupe de la Banque mondiale prend toute sa valeur. Les mandats récemment signés portent notamment sur le secteur de l'eau (Philippines, Gabon et Inde) et concernent des pays dans lesquels les risques, tels qu'ils sont perçus par les investisseurs, sont élevés (Haïti, Kenya, Équateur et Ouganda). La SFI a également fourni des conseils plus généraux sur les réformes à mener, souvent en liaison avec la Banque mondiale ou avec le Service-conseil pour l'investissement étranger (FIAS). Celui-ci a organisé plusieurs tables rondes pour promouvoir le dialogue entre investisseurs et décideurs sur les aspects de la politique générale et de la réglementation qui font obstacle au rôle du secteur privé dans l'infrastructure. En 1996, ces tables rondes ont eu lieu en Europe centrale et orientale ainsi qu'en Afrique australe et orientale.

Transactions dans les pays à faible revenu et dans les environnements à risque

Pays à faible revenu

Plus de 60 % des transactions approuvées par la SFI au titre de PPI concernaient des activités dans des pays à faible revenu ou des pays à revenu intermédiaire (tranche inférieure). Trente-cinq projets d'un coût total de 6 milliards de dollars ont été financés en Côte d'Ivoire, en Tanzanie, en Ouganda, au Zaïre, au Zimbabwe, au Bangladesh, en Chine, en Inde, au Népal, au Pakistan, à Sri Lanka, au Vietnam et au Honduras.

Risque-pays

Le financement de projets d'infrastructure faisant intervenir le secteur privé est difficile - mais pas impossible - dans les pays à risque, ou perçus comme tels par les investisseurs. Plus du quart des projets approuvés par la SFI portent sur des activités dans des pays ayant peu accès aux capitaux privés internationaux, comme le Honduras, la Lettonie, la Tanzanie, la République dominicaine, le Panama et la Côte d'Ivoire. Les investisseurs ont privilégié les projets qui comportent de courtes périodes de remboursement (réseaux cellulaires), ceux qui sont sources de revenus en devises (ports) ou encore ceux qui bénéficient d'un solide soutien des promoteurs et des autorités (certaines centrales électriques, par exemple).

Résultats des projets

Au début de 1996, 48 projets financés par la SFI avaient dépassé le stade de l'exécution et étaient entrés dans leur phase opérationnelle. Malgré la petite taille de cet échantillon et le manque de recul (surtout compte tenu des accords de 15 à 30 ans habituellement conclus pour ce type de projet), il y a lieu de penser que les phases d'exécution et d'exploitation des PIP se déroulent de façon efficace.
  • Exécution. En moyenne, les projets avaient dépassé leur budget de 3 % et avaient pris cinq mois de retard (soit 22 % de la période prévue). À titre d'indication - même si les résultats ne sont pas directement comparables -, les taux de dépassement du budget et des délais étaient respectivement compris entre 10 et 23 % et 54 et 68 % dans un échantillon bien plus large de projets d'infrastructure financés par le secteur public.
  • Les premiers résultats opérationnels sont bons. Par exemple, plusieurs projets dans le secteur de l'électricité ont dépassé les résultats stipulés dans les contrats.
  • Les PIP font des adeptes. Les PIP qui ont réussi à réunir le financement nécessaire ont généralement été suivis par de nouvelles mesures de déréglementation et de privatisation dans le secteur de l'infrastructure, ce qui donne à penser que ces projets répondent aux attentes du consommateur et du gouvernement. Leur « valeur d'exemple » se fait sentir d'un pays et d'un secteur à l'autre.
  • Les événements imprévus n'ont (généralement) pas eu de conséquences suffisamment graves pour arrêter les projets. Des incidents sont certes venus contrarier le déroulement de plusieurs projets, mais le solide montage des transactions, les ajustements des investisseurs et la capacité d'adaptation des prêteurs et des pouvoirs publics ont permis, à quelques exceptions près, de ne pas interrompre les activités. Dans deux projets, les concessions attribuées ont néanmoins été contestées et l'État doit honorer les obligations de son entreprise de service public dans le cadre d'un autre. Les résultats financiers du portefeuille de PIP de la SFI sont satisfaisants.


Réussir le montage financier

Le bouclage financier du projet est un aspect important car il permet de réaliser l'investissement prévu et favorise de nouvelles réformes. À en juger par le bilan de la SFI, il semble que :
  • Un plus grand nombre de transactions aboutissent, mais les délais pour y parvenir varient beaucoup. Bien que le délai moyen soit tombé de 17 mois pendant l'exercice 94 à 11 mois pendant l'exercice 96, cette moyenne cache des disparités importantes. Le montage financier de plusieurs projets de premier plan n'a pu être mené à son terme.
  • Les délais varient en fonction des projets. Ils sont plus courts pour les petits projets dans les pays où les PIP ne sont pas nouveaux et où la volonté politique est grande, dans les cas où des promoteurs expérimentés apportent un soutien solide et dans les opérations qui génèrent des revenus en devises.
  • Les retards tiennent aux difficultés liées à la répartition des risques entre les différents intervenants. Ils ont été plus longs lorsque : les investisseurs, les prêteurs ou les représentants des pouvoirs publics manquaient d'expérience; des changements d'orientation ont fragilisé la volonté du gouvernement; les adversaires des PIP étaient plus puissants que prévu; les acheteurs ou les fournisseurs avaient une surface financière insuffisante.


Améliorer le cadre d'action

Il n'existe pas de formule unique pour améliorer les services d'infrastructure. Tout dépend du degré de détermination politique, de l'importance des forces d'opposition et de l'intérêt des investisseurs. Un succès remporté par les premières transactions peut créer une dynamique d'investissement, de soutien du consommateur et de libéralisation. Pour que les transactions soient viables à long terme, il faut que le cadre d'action soit compatible avec les intérêts des pouvoirs publics (qui agissent pour le compte de l'usager), des promoteurs et des prêteurs.

L'expérience de la SFI montre que l'intervention du secteur privé a plus de chances de se traduire par des résultats positifs et durables si les pouvoirs publics font appel à des conseillers expérimentés et impartiaux et si les transactions sont transparentes. Cette transparence doit reposer sur les éléments suivants :

  • Clarté. Lorsque les conditions d'attribution et d'exploitation des concessions sont clairement fixées par les autorités, la réaction des investisseurs est généralement bonne. Le cadre applicable à la production d'électricité au Pakistan est un bon exemple.
  • Prévisibilité. L'aptitude du Gouvernement à tenir ses engagements de façon prévisible est un aspect important. Ces engagements pourront, par exemple, porter sur l'ajustement des tarifs, l'approvisionnement en combustible ou l'acquisition de terres.
  • Concurrence. Les paramètres fondamentaux du projet doivent pouvoir résister à l'examen du public, non seulement au moment de la transaction, mais aussi à long terme. De même, il faut que les pouvoirs publics reconnaissent que les promoteurs des projets initiaux peuvent être fondés à demander une prime de risque, puisqu'ils ouvrent la voie.


Il n'est pas toujours nécessaire (ou possible) de disposer d'un cadre réglementaire complet ni de procéder à un appel d'offres international, surtout lorsqu'on commence seulement à promouvoir les PIP. Dans certains cas - par exemple, lors d'un premier projet dans un pays à risque élevé, ou lors d'un petit projet répondant à une nécessité impérieuse ou entrepris avec une connaissance limitée du marché -, une procédure par négociations directes peut être retenue. La SFI a déjà financé plusieurs projets de ce type.

L'application d'accords sur une longue période se heurtera nécessairement à des événements imprévus et à des situations nouvelles. Bien qu'il soit encore trop tôt pour tirer les enseignements du travail effectué, la mise en place de procédures pour le règlement de différends contractuels ou les recours contre les instances de réglementation seraient des mécanismes qui pourraient se révéler utiles pour aider les promoteurs, les pouvoirs publics et les prêteurs à assurer la viabilité des contrats à long terme.

Caractéristiques du financement

Les deux aspects qui caractérisaient la structure de financement en 1994 lors du rapport de la SFI sur le secteur de l'infrastructure se retrouvent à peu près aujourd'hui dans le nouvel échantillon de projets récents.
  • Un ratio d'endettement moyen de 58:42 semble indiquer qu'un volume important de fonds propre est engagé pour attirer des prêts ou que les prêteurs veillent à ce que les projets ne soient pas caractérisés par un fort degré d'endettement. Ce ratio est généralement plus élevé lorsque le risque de marché n'est pas un problème majeur, comme dans les projets de production d'électricité faisant l'objet d'un accord d'achat d'énergie.
  • Environ deux tiers des coûts des projets sont financés par des fonds extérieurs. Pourquoi cette proportion ne diminue-t-elle pas, puisque le financement local augmente dans certains pays? Tout simplement, parce que la SFI continue à financer des projets dans des pays à risque, là où les possibilités de financement local à long terme sont généralement très limitées et où il faut davantage faire appel à des capitaux étrangers.

La gestion des risques liés au projet

Il faut bien répartir les risques et les atténuer efficacement pour réussir à boucler le montage financier des projets d'infrastructure et à fournir les incitations voulues pendant les phases d'exécution et d'exploitation. C'est lorsqu'ils sont assumés par la partie la mieux placée pour les gérer que les risques sont le mieux répartis. Le financement d'un projet reste possible si certains des risques ne sont pas répartis selon ce principe, mais les coûts - et à terme les tarifs - seront plus élevés. Les promoteurs et les prêteurs comptent sur une rémunération d'autant plus élevée que le risque est grand. L'existence de bons mécanismes de gestion du risque est une condition essentielle pour réussir à mobiliser les crédits nécessaires. La moitié du coût des projets étant financée par des emprunts à risque, le montage financier peut être bloqué si les conditions d'atténuation du risque requises par les prêteurs ne sont pas remplies.

Le financement des PIP est donc resté jusqu'ici un domaine assez spécialisé. Pour que ces projets se généralisent, il faudra que les responsables publics, les investisseurs et les prêteurs soient plus nombreux à maîtriser les techniques d'atténuation et de gestion du risque utilisées pour les projets dont le montage financier a abouti.

La façon dont la SFI aborde la gestion du risque écologique a évolué au cours des deux dernières années pour davantage mettre l'accent sur la transparence et la consultation dans les études d'impact sur l'environnement. La SFI a constaté à l'usage qu'un grand nombre de promoteurs de PPI - et ceux qui financent leurs opérations - estiment qu'une saine gestion du risque écologique fait partie d'une bonne logique commerciale.

Conclusions et perspectives

L'expérience de la SFI a permis de tirer plusieurs enseignements :

  • Le rythme inégal auquel se développe l'infrastructure privée dans les pays en développement tient à la volonté politique plus ou moins grande de libéraliser ce secteur. Les investissement bien structurés ont attiré le financement du secteur privé.
  • L'intervention du secteur privé et la concurrence dans le secteur de l'infrastructure sont à l'origine de gains d'efficacité importants pendant les phases d'exécution et d'exploitation.
  • Il n'existe pas de formule unique applicable aux PIP, bien que les avantages économiques augmentent généralement avec l'importance des actifs contrôlés par le secteur privé et avec l'ampleur de la concurrence. Les choix seront fonction de la qualité de la signature du pays, du degré de détermination politique et de l'intérêt des investisseurs. Les transactions ont néanmoins plus de chances d'aboutir et d'obtenir des résultats durables lorsqu'elles sont transparentes au sens large du terme, c'est-à-dire lorsqu'elles reposent sur la clarté, la prévisibilité et la concurrence.
  • Il est possible de réunir le financement nécessaire pour des PIP bien structurés, même dans des pays à faible revenu ou à risque élevé. Certains projets sont, dans ce cas, plus faciles à financer : les petits projets, ceux pour lesquels le risque de marché est faible, ceux pour lesquels le promoteur et l'État apportent un solide soutien et ceux qui sont source de revenus en devises.
  • Les transactions dont le montage financier a abouti entraînent souvent de nouvelles réformes. Cet effet d'entraînement est ressenti à l'intérieur du pays et d'un pays à l'autre.
  • Bien qu'il soit encore trop tôt pour tirer des conclusions, on constate que le déroulement de la plupart des projets opérationnels n'a pas été compromis par d'importants risques non commerciaux.
  • Il semble que le financement local soit en augmentation, bien que l'échantillon retenu par la SFI indique que les fonds étrangers continuent à subvenir à plus de la moitié du coût des projets dans les pays en développement.

Plusieurs changements fondamentaux devraient normalement intervenir dans les services d'infrastructure, particulièrement dans les pays qui sont allés le plus loin sur la voie de la libéralisation et de la privatisation. Beaucoup des projets financés aujourd'hui correspondent à une phase transitoire résultant de réformes partielles dans les secteurs d'infrastructure. Ils sont probablement très différents du type d'investissements auxquels on assistera une fois les réformes menées à leur terme. Trois tendances semblent devoir se dégager :
  • La concurrence sera plus vive sur les différents marchés du secteur de l'infrastructure. Cela est déjà vrai dans les transports et les télécommunications et le sera bientôt dans d'autres branches, comme l'électricité. Les marchés ouverts à la concurrence pourront revêtir diverses formes, mais ils auront probablement un certain nombre de points communs. En premier lieu, les fonctions liées à la réglementation et à l'exploitation seront nettement séparées. En deuxième lieu, les promoteurs de projets seront de plus en plus ceux qui souhaiteront assumer à la fois le risque d'exécution et le risque de marché. En troisième lieu, l'État, qui expose les investisseurs à ce dernier risque, sera de plus en plus amené à réformer les marchés qui fournissent la matière première à ces projets, comme dans le cas des monopoles d'État sur l'approvisionnement en combustible. Enfin, les investisseurs locaux seront probablement appelés à jouer un rôle plus grand qu'aujourd'hui dans les investissements.
  • Un plus grand nombre de projets se déroulera à un niveau infranational. Si l'on veut que la privatisation des secteurs du transport, de l'eau et de l'assainissement s'accélère, il faudra que les administrations municipales et provinciales aient la réputation d'honorer leur signature. À terme, cela passera par une réforme des finances locales. Dans l'immédiat, il sera peut-être possible d'améliorer les mécanismes du crédit et de concevoir des montages permettant un partage du risque pour les transactions et les zones les plus prometteuses.
  • Le financement des projets d'infrastructure faisant intervenir le secteur privé aura de plus en plus tendance à faire appel à l'épargne intérieure. Pour soutenir la dynamique des PIP, élargir les tours de table et réduire le risque de change, il est important de renforcer l'aptitude locale à gérer ces projets ainsi qu'à y participer et à les financer. Dans les pays industrialisés et, de plus en plus, dans les pays en développement où les réformes sont bien avancées, c'est la trésorerie même des entreprises de services publics qui constitue l'une des plus importantes sources de financement. Mais il faudra aussi faire appel au marché intérieur des capitaux. Cela passe par l'existence d'un bon cadre macroéconomique, d'une infrastructure financière solide et de possibilités d'investissements avantageuses.


1. Le financement des projets d'infrastructure privés : tendances émergeant de l'expérience de la SFI, Document de synthèse de la SFI le 23 (1994).