Young women learning computer skills.

À l'Institut Khowaja des technologies de l'information d'Hyderabad (Inde), des étudiantes acquièrent des compétences informatiques recherchées. Photo : Visual News Associates/Banque mondiale

Iain Bain

Les « EdTech » — contraction de technologie et éducation — transforment rapidement l'enseignement dans le monde entier et un domaine en particulier est promis à un bel essor dans les marchés émergents : la formation professionnelle. Celle-ci est en général conçue dans l'optique de métiers spécifiques, que ce soit l'administration, la santé, l'éducation, le commerce ou les technologies de l'information et la gestion d'entreprise. Mais grâce aux EdTech, la formation professionnelle peut s'élargir à de nouveaux secteurs et aider des millions de travailleurs sur des marchés émergents qui recherchent une main-d'œuvre bien formée pour favoriser leur compétitivité.

Alors que ces marchés développent leur infrastructure numérique et modernisent leurs industries, les EdTech ont rapidement évolué dans le domaine de la formation professionnelle. Aujourd'hui, elles rebattent les cartes en proposant des options de formation abordables et adaptées aux compétences recherchées pour compléter, voire remplacer les offres traditionnelles.

Par rapport aux méthodes classiques de formation en salle, les solutions EdTech élargissent l'accès aux compétences en abolissant les contraintes de proximité et de capacité des locaux, tout en améliorant la pertinence et la qualité du contenu grâce à l'intelligence artificielle (IA) et à l'analyse des données, qui permettent de personnaliser l'apprentissage.

Un simulateur de navigation utilisé par l'Institut maritime et de la pêche de Namibie, un centre de formation pour les marins.
Un simulateur de navigation utilisé par l'Institut maritime et de la pêche de Namibie, un centre de formation pour les marins. Photo : John Hogg/Banque mondiale

Selon unnouveau rapport de la Banque mondiale et d'IFC sur l'avenir des EdTech dans la formation professionnelle, le secteur privé a un rôle important à jouer dans l'essor de ce nouveau domaine. Le rapport analyse les dernières évolutions et fournit des éléments de contexte et des recommandations pour exploiter tout le potentiel des technologies de l'éducation dans la formation professionnelle. Étant l'un des auteurs de ce rapport, j'ai été frappé à plusieurs reprises par l'aspect gagnant-gagnant de cet essor technologique : pour le secteur privé, il crée un marché constitué des populations encore mal desservies par les offres de formation et, pour les pouvoirs publics, les solutions EdTech peuvent devenir un moyen rentable de former la main-d'œuvre de demain.

Les enseignements de la pandémie

Les limites du système traditionnel, en particulier sa dépendance à l'égard de la formation en présentiel, soulignent la nécessité de recourir à d'autres solutions reposant sur des modèles numériques. Le récent rapport démontre comment la pandémie de COVID-19 a renforcé un besoin préexistant de compétences numériques et de nouveaux modes de formation à distance. Cela explique pourquoi les outils d'apprentissage en ligne, peu coûteux, évolutifs et efficaces, ont pris une nouvelle dimension.

La formation professionnelle est un maillon essentiel de l'architecture de développement des compétences d'un pays. Elle se distingue des programmes formels principalement basés sur des interventions en classe, à l'image des cours au lycée et à l'université, en offrant aux apprenants une formation technique plus pratique axée sur l'acquisition de compétences prêtes à l'emploi. Sachant que 65 % des enfants d'aujourd'hui devraient occuper des emplois qui n'existent pas encore, les systèmes de formation doivent s’efforcer davantage de suivre le rythme de l'évolution technologique et proposer des parcours d'apprentissage tout au long de la vie.

La nécessité de repenser l'enseignement à distance dans le domaine professionnel est particulièrement importante en Afrique subsaharienne. Dans cette région, chaque mois, plus d'un million de personnes entrent sur le marché du travail et la grande majorité d'entre elles n'ont que des compétences professionnelles limitées.

Selon Amadou Daffe, PDG de Gebeya, l'un des principaux prestataires de formation EdTech en Afrique, pour que les pays africains accélèrent la réalisation de leur potentiel de développement, ils doivent renforcer l'acquisition de compétences et l'accès aux infrastructures d'apprentissage numérique. Les technologies de l'éducation sont devenues une force motrice en Afrique, car elles facilitent grandement l'accès à la formation professionnelle à distance et à moindre coût. Les personnes formées à l'aide des EdTech ont des compétences plus transférables, explique Amadou Daffe. À ce jour, Gebeya a formé plus de 800 développeurs de logiciels et près d'un tiers d’entre eux travaillent déjà pour des entreprises d'Afrique et du monde entier.

A portrait of Amadou Daffe, CEO of Gebeya.
Amadou Daffe. Photo : Creative Lab Africa

En Inde, où 60 % des employeurs déclarent rencontrer des difficultés à pourvoir leurs postes vacants, le manque de compétences professionnelles est considéré comme un obstacle majeur à la croissance. Les EdTech peuvent être la solution. Par exemple, l'entreprise indienne upGrad utilise l'intelligence artificielle pour analyser les données des offres d'emploi afin de prédire l'employabilité, puis suggère aux apprenants les compétences qu'ils devraient acquérir pour améliorer leur situation professionnelle.

Grâce à upGrad et à bien d'autres sociétés, le système classique, formel, institutionnel et à sens unique est enrichi par un modèle de formation plus dynamique, réactif et multidirectionnel qui fait le lien entre les employeurs, les apprenants et les établissements de formation. Ce modèle fournit des informations rapides, en temps réel, sur les compétences dont les apprenants ont besoin pour trouver un emploi, et propose de nouvelles méthodes personnalisables pour transmettre ces compétences.

La formation professionnelle basée sur les technologies offre un moyen de remédier à l'inadéquation des compétences et suscite une demande croissante de la part des apprenants et des employeurs. Des services comme upGrad font de l'Inde l'un des marchés à la croissance la plus rapide pour les EdTech. Holon IQ estime ainsi que les investissements dans ce domaine en Inde ont atteint 3,8 milliards de dollars en 2021, soit une augmentation de 65 % depuis 2020.

RA, RV, IA et autres innovations pédagogiques

On trouve des exemples d'utilisation des EdTech dans la formation professionnelle à chaque étape du parcours d'apprentissage, tant dans le cadre de l’éducation formelle qu’informelle. En Corée, la Smart Training Education Platform (STEP), citée dans le rapport, explique comment créer un site pour accéder à des contenus d'apprentissage à distance et aider les établissements de formation à intégrer les modules en ligne dans leurs programmes.

Ces nouveaux services, qui vont au-delà de la simple fourniture d'un accès à des contenus en ligne, illustrent le foisonnement de méthodes utilisées par les technologies de l'éducation. Il peut s'agir d'apprentissage par simulation grâce à la réalité virtuelle (RV), de réalité augmentée (RA), de pédagogie en classe inversée grâce à des ressources éducatives libres, d'apprentissage « plug-and-play », d'IA conversationnelle, d'apprentissage adaptatif, de robotique, de blockchain ou encore de ludification des ressources pédagogiques.

Par exemple, l'institut technique Cotopaxi s'est associé à l'université coréenne Namseoul pour développer des simulations de RV qui permettent aux étudiants de manipuler un moteur virtuel pour apprendre à le réparer. Une telle innovation peut améliorer l'expérience d'apprentissage et offrir plus de souplesse en la matière.

Cependant, pour exploiter tout le potentiel des technologies de l'éducation, il faut un environnement favorable. Le rapport recommande aux décideurs politiques de réfléchir à la manière de développer les EdTech pour l'acquisition des compétences afin de s'assurer qu'elles sont utilisées efficacement.

Voici quelques mesures que les gouvernements peuvent prendre pour jeter les bases de programmes EdTech à vocation professionnelle :

  • Spécifier les conditions de supervision et de gouvernance, par exemple en fixant clairement la responsabilité de la supervision et en présentant une stratégie coordonnée de développement des compétences ;
  • Créer des solutions de financement pour les programmes ;
  • Mettre en place des pratiques de commande publique efficaces qui privilégient la prise de décision basée sur des données et évitent d'être trop prescriptives sur les modalités pratiques de la prestation ;
  • Mener des évaluations ciblées, y compris sur la manière dont le succès de la politique sera mesuré et dont les leçons seront intégrées dans les itérations futures.

Les EdTech transforment la façon dont les individus s'engagent dans la formation professionnelle, en éliminant les obstacles et en permettant à chacun d'apprendre n'importe où, n'importe quand. Néanmoins, pour véritablement libérer le potentiel des technologies de l'éducation, les entreprises et les décideurs doivent travailler ensemble.

Iain Bain is an economist and development lead for private equity at IFC.

Iain Bain est économiste à IFC, spécialisé dans le capital-investissement à impact. Il est l'auteur d'un récent rapport du Groupe de la Banque mondiale sur l'avenir des technologies de l'éducation dans la formation professionnelle(a).

Publié en mars 2022

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