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Elizabeth Gibbens

Alors que dans le monde entier la pandémie de Covid-19 frappe de plein fouet des entreprises de toutes tailles, les micro, petites et moyennes entreprises (MPME), qui disposent de marges d’exploitation plus faibles, sont particulièrement touchées. Les affaires déclinent, les liquidités se tarissent, des emplois sont perdus et les entrepreneurs sont contraints de réduire considérablement, voire de cesser leur activité, du moins temporairement.

Comment les petites entreprises et institutions financières peuvent-elles surmonter la crise ? La question est cruciale : les petites entreprises représentent les deux tiers des emplois et la moitié du PIB de la planète.

Selon Sam Taussig, directeur des stratégies mondiales chez Kabbage, une plateforme de prêt aux petites entreprises basée aux États-Unis, les entreprises américaines de 20 employés ou moins ne peuvent assurer en moyenne que 10 jours de dépenses d’exploitation après une perte soudaine de revenus due à une catastrophe (intempérie, guerre, épidémie...). Le déséquilibre entre l’offre et de la demande nuit encore plus gravement aux entreprises des marchés émergents, où il démultiplie les conséquences économiques de la pandémie en cours.

« Il s’agit d’une situation inédite. La clé sera de permettre aux entreprises de retrouver leur situation d’avant la crise », a souligné M. Taussig lors d’une discussion en ligne programmée sous l’égide du Forum sur le financement des PME, une initiative lancée par les pays du G20 et administrée par IFC. Organisé le 26 mars, ce webinaire était la première action menée par le Forum (a) dans le cadre des efforts déployés en urgence pour venir en aide aux petites entreprises et aux sociétés financières confrontées aux conséquences de la pandémie. Le réseau de l’organisation, qui compte plus de 77 établissements financiers, 46 entreprises de technologie financière et 24 institutions de financement du développement, lui donne le pouvoir fédérateur nécessaire pour tenter de remédier aux pertes commerciales massives causées par le virus.


Il est essentiel de maintenir la solvabilité des entreprises pour sauver des emplois et limiter les conséquences économiques de la crise sanitaire. Photo: Dominic Chavez/IFC (2017).     

Les acteurs privés et publics lancent rapidement des initiatives visant à soutenir les institutions financières et les MPME face aux répercussions du virus, explique Momina Aijazuddin, chargée d'investissements principale à IFC. Les enseignements tirés de l’Asie soulignent la nécessité d’injecter des liquidités dans le système, notamment dans les régions touchées et les MPME durement frappées par les fermetures et les perturbations des chaînes d’approvisionnement.

La plateforme de financement mobile M-Pesa a par exemple relevé les plafonds de transactions quotidiennes des petites entreprises de 700 à 1 500 dollars. D’autres institutions financières suppriment les frais pour les transferts de fonds en ligne. IFC travaille activement avec ses clients du secteur des MPME afin d’examiner les besoins en liquidités et les meilleures pratiques pour faire face au déclin économique qui risque de se propager d’une région à l’autre dans le sillage de la pandémie.

La réponse peut différer d’un pays à l’autre. Au Nigéria, par exemple, le gouvernement a exigé que les petites entreprises bénéficient d’un moratoire d’un an sur les remboursements de capital (a). Plusieurs pays asiatiques ont introduit des prêts d’urgence pour soutenir les MPME et une certaine souplesse dans le remboursement des prêts existants. Les banques et les institutions de microfinance encouragent l’utilisation des cartes de débit pour éviter les déplacements dans les banques et la manipulation d’argent susceptible de diffuser le virus.


Les micro, petites et moyennes entreprises sont généralement les plus durement touchées en période de crise économique. Photo : Dominic Chavez/IFC (2017). 

Comme l’ont souligné M. Taussig et Mme Aijazuddin, nous sommes en territoire économique inconnu et, dans ce contexte, les plateformes technologiques et les fintechs peuvent jouer un rôle important dans la fourniture de services financiers, avec leurs structures dématérialisées et un accès à distance via des canaux mobiles et numériques. Les processus de prêt qui reposent sur des tâches humaines ne peuvent pas s’adapter assez rapidement à un effondrement sans précédent comme celui que nous connaissons actuellement. C’est pourquoi il est d’autant plus important, aujourd’hui, de mettre en place de nouvelles collaborations entre pouvoirs publics, acteurs des fintechs et institutions financières traditionnelles. Aux États-Unis, par exemple, la communauté des prêteurs alternatifs — à l’instar de Kabbage — est devenue partenaire du programme d’aide du gouvernement et offrira des plateformes gratuites aux banques pour accélérer les décaissements.

Grâce à l’historique des comptes de leurs clients, les fintechs sont en outre en mesure de collaborer avec les institutions financières traditionnelles pour déterminer la santé et la solvabilité des entreprises avant le début de la contraction économique causée par le coronavirus. Les pouvoirs publics et le secteur privé pourront ainsi savoir quelles entreprises seront susceptibles d’embaucher davantage de travailleurs lorsque la période sera plus favorable. Même si les fintechs risquent d’être ralenties par la réglementation, elles peuvent donner aux organismes publics accès à des volumes considérables de données et les aider à établir le pronostic à long terme d’une entreprise ou d’un secteur. La masse de données émanant des fintechs permet également aux banques de consentir des prêts, dont bon nombre sont garantis par l’État, et de se conformer à la réglementation. Les fintechs peuvent également permettre aux entrepreneurs d'obtenir des prêts à temps pour éviter la faillite.

« Rares sont les entreprises bénéficiant de prêts d’urgence pendant cette crise qui recevront des chèques par la poste », souligne M. Taussig Lorsque les factures et les dates d’échéance menacent une entreprise de faillite, les paiements numériques sont la solution.

Publié en mars 2020