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Darcy Crowe

MEDELLIN (Colombie)—Partout en Amérique latine, de Santiago à Mexico, les détaillants boostent leurs ventes en ligne pour compenser la disparition de la circulation pédestre consécutive aux mesures de confinement décrétées pour enrayer la pandémie de coronavirus.

Ce passage rapide aux plateformes électroniques a bouleversé les réseaux d’approvisionnement de certains des plus gros détaillants de la région, les obligeant à faire preuve d’une agilité accrue face à la montée en puissance des achats en ligne, qui représentent désormais, selon les associations professionnelles, leur principale bouée de sauvetage dans la tourmente économique qui les a contraints à fermer boutique.

Liftit, une start-up née à Bogota voici trois ans, s’est rapprochée de certains de ces commerçants qui tentent de s’adapter aux répercussions de la pandémie. En reliant les chauffeurs de camion aux entreprises ayant des marchandises à livrer, cette application (à l’instar des applis mobiles de VTC) aide ses clients—des magasins de meubles de Colombie aux vendeurs de produits frais au Brésil—à réorganiser leurs chaînes logistiques pour répondre à la demande en temps réel typique de la vente en ligne.

« Aucun courtier traditionnel ne pourra trouver 50 camions en 24 heures pour répondre à la demande d’un gros détaillant, mais notre plateforme a été conçue exactement pour ça », explique Brian York, PDG et co-fondateur de Liftit.

La plateforme Liftit permet aux détaillants de trouver rapidement des camions pour leurs livraisons.
La plateforme Liftit permet aux détaillants de trouver rapidement des camions pour leurs livraisons.

Une telle agilité est particulièrement importante en Amérique latine, où les courtiers en transport continuent de travailler avec des outils inefficaces—parfois de simples tableaux sur papier remplis à la main ou, au mieux, à travers des groupes WhatsApp de chauffeurs—pour mettre en relation de gros clients avec des flottes de camions, maillon indispensable dans les chaînes logistiques régionales.

Au Mexique ou en Colombie, plus de 70 % des chauffeurs routiers sont des travailleurs indépendants qui dépendent d’intermédiaires pour trouver des clients. Outre l’opacité des prix et les éventuelles grosses fluctuations de tarif pour des itinéraires identiques, ce système ne dispose pas de la technologie nécessaire pour répondre aux demandes d’expédition en temps réel.

Le retard pris par le secteur de la logistique face au changement technologique, avec des frais de port nettement plus élevés que partout ailleurs, constitue un goulet d’étranglement persistant qui freine les échanges et l’essor du secteur privé en Amérique latine, estiment les experts. La désorganisation liée à la pandémie de Covid-19 révèle cette situation avec une acuité particulière, les détaillants s’efforçant d’approvisionner une population pour l’essentiel confinée et privée de la possibilité de faire ses courses à pied.

La plateforme Liftit met en relation les chauffeurs routiers avec des entreprises qui ont des marchandises à livrer.
La plateforme Liftit met en relation les chauffeurs routiers avec des entreprises qui ont des marchandises à livrer.

Depuis le début de la crise, explique Brian York, « certains revendeurs ont vu en quelques jours leur chiffre d’affaires s’effondrer et quand ils se sont lancés dans la vente en ligne, ils ont dû s’adapter très vite. Notre modèle d’affaires est idéal pour accompagner une transition accélérée de ce type. »

Et d’ajouter que la pandémie contraint de nombreux détaillants à investir davantage dans leurs plateformes de vente en ligne, ce qui pourrait donner un sérieux coup de fouet au commerce électronique en Amérique latine dans les années à venir.

La pandémie de coronavirus qui devrait, selon la Banque mondiale, faire vaciller les économies d’Amérique latine et des Caraïbes, avec un repli de 4,6 %, oblige aussi Liftit à s’aventurer au plus vite dans de nouveaux secteurs.

« Certains secteurs, comme l’alimentaire ou l’industrie pharmaceutique, ont désespérément besoin de camions en ce moment et nos équipes s’adaptent en permanence à ces nouvelles demandes. L’un de nos co-fondateurs et nos responsables des ventes forment à distance et en temps réel les chauffeurs routiers pour qu’ils prennent en charge la livraison de denrées alimentaires sachant que, de leur côté, les chauffeurs cherchent aussi comment aider pendant cette période de crise », précise-t-il.

Grâce à des investissements supplémentaires dans les plateformes de vente en ligne, le commerce électronique pourrait se développer en Amérique latine.
Grâce à des investissements supplémentaires dans les plateformes de vente en ligne, le commerce électronique pourrait se développer en Amérique latine.

Les chauffeurs routiers de Liftit sillonnent les routes désertes du Brésil, du Chili, de la Colombie, de l’Équateur et du Mexique. Le fait de ne plus croiser personne leur rappelle à quel point leur mission est devenue vitale:

« Je fais de mon mieux pour apporter ma contribution », déclare Carlos Velandia, un chauffeur qui travaille avec Liftit à Bogota. « Nous connaissons les risques et nous prenons des précautions. »

L’entreprise fournit des masques, des gants et des produits désinfectants pour les mains et forme les chauffeurs aux mesures préventives à suivre, comme le fait de se doucher et de changer de vêtements dès qu’ils rentrent chez eux.

« Je suis très fier d’apporter ma pierre à l’édifice », se réjouit Carlos Velandia.

Publié en avril 2020