Au Liban, une bibliothèque plus verte

Ce récit fait partie d’une série sur le travail d’IFC pour soutenir la création de marchés, donnant de nouvelles opportunités pour les populations des pays en développement. Ces approches innovantes ont aidé à résoudre les problèmes les plus pressants dans certains pays, ou parfois, dans des régions entières.

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Par Andrew Raven et Mohamed Essa, IFC Communications

La ville côtière de Byblos, au Liban, dont les origines remontent à 6 000 ans av. J.-C., est l’un des plus anciens endroits du monde encore habité. Mais, à l’est du centre-ville, entre les collines envahies de cyprès, un bâtiment hautement moderne est en train de prendre forme.

Haut de trois étages, il accueillera bientôt la bibliothèque principale du campus de Byblos de l’Université américaine libanaise. Alimenté en partie par l’énergie solaire et capable de recycler l’eau de pluie, il sera l’un des bâtiments les plus modernes du pays au moment de son inauguration, prévue pour cette année. « Dans nos cours, nous parlons de développement durable, d’efficacité et de l’environnement », explique Roy Majdalani, le vice-président des services universitaires, qui ajoute : « Nous devons mettre en pratique ce que nous préconisons. »

L’université a financé cette bibliothèque grâce à un prêt de 15 millions de dollars de Fransabank, l’un des rares acteurs financiers au Liban à octroyer des prêts pour des projets d’écoconstruction. La Société financière internationale (IFC) a récemment investi 45 millions de dollars dans une série d’obligations vertes émises par Fransabank, ce qui permettra à d’autres institutions et entreprises libanaises d’envisager des projets similaires. Fransabank aura la possibilité de lever des fonds en s’appuyant sur ces obligations et de les rediriger vers des entreprises qui souhaitent investir dans les énergies renouvelables et dans l’efficacité énergétique. Ce programme, qui devrait se chiffrer au total à 150 millions de dollars, pourrait aider le Liban à financer des installations solaires, des parcs éoliens et des bâtiments écologiques, entre autres.

 

La création d’un marché pour la finance verte

L’année dernière, IFC a aidé les autorités des marchés financiers libanais à élaborer des lois pour réglementer l’émission d’obligations vertes avec, à la clé, un nouveau type de titres au Proche-Orient. Ce programme s’inscrit dans les efforts globaux d’IFC qui visent à créer dans cette région un marché pour la finance verte.

Workers build a new, energy-efficient library at the campus of the Lebanese American University in Byblos, Lebanon


« Fransabank s’est stratégiquement positionné à l’avant-garde des solutions pour lutter contre les problèmes causés par le changement climatique et financer des projets énergétiques durables », explique son directeur général, Nadim Kassar, qui pense que ce programme d’obligations vertes encouragera d’autres entreprises à investir dans des technologies vertes, ce qui permettra de créer un nouveau marché pour financer des solutions utilisant des énergies renouvelables et renforçant l’efficacité énergétique. « Je pense que cela devrait avoir un impact immense sur le secteur bancaire du Liban, et nous espérons que d’autres banques suivront notre exemple. »

D’autant que le Liban se tourne de plus en plus vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. La production d’électricité du pays repose sur les importations d’hydrocarbures, et une crise énergétique sévit depuis des années. Dans la capitale, Beyrouth, mais aussi dans d’autres villes, des coupures de courant durent souvent plusieurs heures par jour, ce qui énerve les habitants et handicape les entreprises. Pour ces dernières, les énergies renouvelables, et tout particulièrement le solaire, peuvent être la solution pour moins dépendre du réseau national. De fait, le Liban entend générer 12 % de son électricité à partir de sources d’énergie renouvelables d’ici à 2020.

« Un financement par le secteur privé sera décisif », explique Pierre El Khoury, directeur général du Centre libanais pour la conservation de l’énergie, un organisme public. « Le secteur bancaire jouit d’une solide réputation au Liban. Grâce aux projets menés en collaboration avec les principales institutions financières internationales, nous pensons que les obligations vertes pourraient avoir un effet majeur pour dynamiser le secteur des énergies renouvelables dans notre pays », précise-t-il.

Le passage aux énergies renouvelables est parfaitement sensé pour des entreprises qui utilisent des générateurs à fioul coûteux et polluants pour compléter l’apport en électricité du réseau national. Raidy Printing, l’un des plus grands éditeurs libanais, l’a bien compris, et vient de faire l’acquisition de machines à haute efficacité énergétique grâce à un prêt de Fransabank, tout en réduisant la quantité de produits chimiques et d’eau utilisée dans son processus de production. Doumit Raidy, le directeur général de cette entreprise qui compte 130 employés, a également pris la décision d’investir dans des panneaux solaires, pour près de 700 000 dollars. Situés sur le toit, ces panneaux doivent couvrir 30 % des besoins énergétiques de Raidy Printing. Cet investissement sera entièrement rentabilisé dans huit ans.

« C’est la bonne décision », affirme Doumit Raidy, qui ajoute : « Je ne peux que conseiller aux autres entreprises de faire la même chose et d’investir dans les énergies renouvelables et le solaire. »

 

Des mesures écologiques aux nombreuses répercussions financières

À Byblos, l’Université américaine libanaise s’attend à ce que les coûts des composantes écologiques de la nouvelle bibliothèque soient compensés par les économies réalisées.

Des panneaux solaires assureront 40 % de l’éclairage du bâtiment, tandis que l’eau de pluie sera collectée pour l’arrosage des plantes et pour remplir les chasses d’eau. Des détecteurs de mouvements permettront de n’allumer les lumières que lorsque ce sera nécessaire et des façades double-peau réduiront les déperditions thermiques.

Doumit Raidy, General Manager at Raidy printing house, says the firm has bought energy-efficient machinery and cut back on the use of chemicals and water.

 
Les économies réalisées sur l’énergie et l’eau doivent être réinvesties en faveur des étudiants. « Chaque dollar économisé est un dollar en plus », explique Charles Abou Rjeily, vice-président chargé des finances de l’université. « Et chaque dollar en plus est un dollar qui permettra de faciliter l’accès des étudiants à l’université. »

Rendez-vous sur www.ifc.org/climatebusiness pour en savoir plus sur les activités d’IFC en lien avec le changement climatique, et sur www.ifc.org/greenbonds pour en apprendre plus sur les obligations vertes

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Publié en avril 2018