L'accès au financement modifie le paysage pour les femmes entrepreneurs

Cette histoire fait partie d'une série sur le travail d IFC consacré à aider à créer des marchés qui offrent de nouvelles opportunités aux populations des pays en voie de développement. Ces approches novatrices ont aidé à résoudre certains des problèmes les plus importants qui se produisent dans des pays ou, parfois, dans des régions entières.

 

Par Inaê Riveras, Communications de l’IFC

Beyrouth, Liban – Pendant des siècles, des artisans de la marqueterie — l'application de morceaux de placage pour former des motifs décoratifs — ont créé des meubles et des articles de luxe destinés à décorer les maisons de haute société. En plus d'une forte maitrise, la technique nécessite du temps et un labeur intensif: un artiste peut effectivement passer un mois entier pour terminer une pièce de la taille d'une boite à chaussures. Beaucoup voient la marqueterie comme une forme d'art mourante, surtout en raison de la quantité de travail qu'elle entraîne. Mais la designer libanaise Nancy El Asmar y a longtemps perçu une opportunité commerciale.

« Je voulais faire connaitre ce métier à ma génération avant qu'il ne disparaisse, en alliant les mosaïques traditionnelles et la marqueterie aux matériaux contemporains, » affirme El Asmar, 31 ans, qui a découvert la technique à travers son beau-père, lui-même maitre artisan.

El Asmar a utilisé ses économies pour ouvrir son premier atelier en 2008, et a vu très rapidement se multiplier les commandes. Seulement en élargissant le magasin pouvait-elle répondre à la demande, mais le manque d'accès au financement s’avéra être un obstacle.

 

« Au début, personne ne me prenait au sérieux, » dit-elle. En tant que femme, il était difficile de gagner la confiance des fournisseurs. Elle a aussi eu du mal à convaincre les banques qu'elle était un emprunteur fiable puisqu'elle n'avait pas d'antécédents de crédit.

Mais la Banque BLC, un client de l’IFC, a partagé la vision d'El Asmar. Grâce à une plate-forme destinée aux petites et moyennes entreprises appartenant aux femmes qu'elle venait de lancer, la banque a octroyé à son magasin, Madera Creation, un prêt de 50 000 dollars. Aujourd'hui, 20 employés travaillent aux cotés d'El Asmar pour relancer l'art de la marqueterie au profit d'une nouvelle génération de consommateurs appréciatifs, œuvrant dorénavant dans un espace plus vaste qui répond aux exigences de l'activité.

 

UNE MOSAÏQUE COMPLEXE

Les petites et moyennes entreprises comme Madera Creations sont les moteurs de l'économie libanaise. En effet, ils représentent 97 pour cent de toutes les entreprises et emploient plus de la moitié de la population du pays. Mais les femmes entrepreneurs sont encore mal desservies par le secteur financier, comme l'a découvert El Asmar. En dépit du fait que 33% des entreprises appartiennent à des femmes, elles ne reçoivent que 3% des prêts bancaires.

Madera Creation products combine traditional patterns with contemporary materials.

La BLC essaie de changer cela, grâce à son programme WE Initiative (Women Empowerment Initiative) lance en 2012 avec le soutien de l’IFC. Le programme fournit une gamme de services financiers bancaires traditionnels ainsi que d'autres services visant à renforcer la capacité des clientes dans la gestion des entreprises, telles que la formation et les opportunités de réseautage.

« En général, les entrepreneurs n'ont pas de temps, et encore moins dans le cas des femmes entrepreneurs en raison de leurs autres responsabilités au foyer, » a déclaré Tania Moussallem, assistante auprès du directeur générale de la BLC. « Nous avons transformé notre banque pour devenir plus numérique et nous avons commencé à offrir des services en gardant les besoins des femmes à l'esprit. »

Parmi les offres de la banque figurent des prêts sans garantie pour les entreprises appartenant aux femmes qui comptent au moins deux ans d'existence, et un Compte Fiduciaire Mère, qui permet aux femmes d'ouvrir des comptes et de nommer leurs enfants mineurs en tant que bénéficiaires sans avoir à se soustraire au tuteur légal de l'enfant – chose normalement interdite au Liban.

La BLC a également formé ses employés pour apprendre à détecter leur propre parti pris inconscient vis-à-vis des clientes et a pris des mesures pour promouvoir l'égalité entre les sexes dans ses propres activités, en introduisant le congé de paternité et en se fixant comme objectif la parité entre les sexes au niveau de la haute direction d'ici 2020, pour n'en citer que quelques exemples.

« Le programme a non seulement créé un marché au niveau du financement, mais a aussi engendrée une prise de conscience du rôle des femmes dans la société, » explique Moussallem.

Les efforts ont porté fruits. La BLC dessert maintenant plus de 32 000 clientes, avec des prêts en cours en faveur des femmes d'une valeur de plus de 190 millions de dollars. La BLC a également l’avantage de travailler avec une clientèle plus fiable: les femmes ont de meilleurs taux de remboursement de prêts que les hommes en général et ont tendance à être des investisseurs plus prudents – ainsi que des clients plus fidèles.

 

FAÇONER DES MARCHÉS FINANCIERS INCLUSIFS

L'élargissement de l'accès des femmes au financement fait partie intégrante des efforts de l'IFC visant à créer des marchés à fort impact sur le développement durable. C'est aussi un pas important vers l'objectif du Groupe de la Banque mondiale qui consiste à faciliter à 1 milliard de personnes d'accéder aux services financiers d'ici 2020.

Plus tôt cette année, à l'occasion du sommet du G20, le Groupe de la Banque mondiale a annoncé la création de l'initiative Women Entrepreneurs Finance (We-Fi). Ce dispositif de financement visait à mobiliser 1 milliard de dollars de financement afin d'améliorer l'accès au capital, fournir l'assistance technique et investir dans des projets et des programmes qui soutiennent les petites et moyennes entreprises (PME) appartenant aux femmes. La Banque mondiale agit à titre de membre administrateur du dispositif.

Employees of Madera Creation work on a piece of furniture.

Les femmes et les hommes ont tous deux besoin d'un accès égal au financement, mais les femmes sont confrontées à davantage obstacles lors du démarrage ou de la croissance de leurs entreprises. L'écart d'accès au financement pour les PME appartenant aux femmes est estimé à 300 milliards de dollars par année. Cette défaillance au niveau de la capitalisation sur le potentiel productif des femmes représente un énorme manque à gagner économique.

Pour rendre les marchés financiers plus inclusifs, l'IFC travaille avec des banques telles que la BLC et des compagnies d'assurance pour les aider à concevoir des produits et des services qui profitent aux femmes et aux hommes. Nous investissons également dans ces institutions afin qu'elles puissent prêter aux PME appartenant aux femmes. Au cours de la dernière décennie, l'IFC a investi 1,6 milliard de dollars dans ces entreprises par le biais d'institutions financières, dans 25 pays à travers le monde.

Avec la Banque mondiale, l'IFC travaille également avec les gouvernements sur des initiatives telles que l'établissement de registres collatéraux, la collecte de données désagrégées par sexe et l'assouplissement des exigences d'enregistrement des entreprises.

Dans certains cas, celui de la BLC en est un exemple, le travail de conseil de l'IFC crée des conditions propices pour d'autres projets. En s'appuyant sur l'initiative WE, l'IFC et la BLC ont lancé en 2016 un dispositif de partage des risques qui devrait stimuler 10 millions de dollars en prêts aux PME, dont 20 pour cent destiné aux entreprises appartenant aux femmes.

Le succès du programme axé sur les femmes de la BLC a encouragé d'autres clients de l'IFC, dont la Banque Muscat, à Oman et la Banque de Palestine, à investir dans la tranche féminine – créant ainsi des opportunités pour beaucoup d'autres entrepreneurs comme El Asmar, qui est dorénavant en train d'élargir la gamme de produits offerts par Madera. En regardant vers l'avenir, la designer atteste que les choses ont également commencé à changer au niveau de sa relation avec les fournisseurs.

« Au début, ils voyaient Nancy, » dit El Asmar, se référant à son prénom. « Maintenant, ils voient Madera. »

Pour en savoir plus sur le travail d’IFC en faveur de l'égalité des sexes, consultez www.ifc.org/gender

Disponible en: English, عربي

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Publié en octobre 2017