Discours du directeur général d’IFC à l’Africa CEO Forum

Discours d’ouverture de Makhtar Diop, directeur général d’IFC, à l’Africa CEO Forum

Abidjan, Côte d’Ivoire | 13 juin 2022

Monsieur le Président de la République de Côte d’Ivoire,
Monsieur le Président de la République du Ghana,
Monsieur le Vice-Président du Nigéria,
Monsieur le Vice-Président de la Côte d’Ivoire,
Monsieur le Premier Ministre de la Côte d’Ivoire,
Madame la Première Ministre du Gabon,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les représentants d’institutions,
Merci mon cher ami Amir,

Distingués invités,

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui à l’occasion de ce forum exceptionnel et souhaite remercier les autorités de Côte d’Ivoire qui nous accueillent à Abidjan ainsi que le groupe Jeune Afrique, partenaire de choix pour l’organisation de ce Forum.

Le Forum célèbre sa 10e édition dans un contexte très particulier et à un moment décisif pour l’Afrique. Je me souviens, comme si c’était hier, d’avoir participé à la toute première édition du forum à Genève et de l’avoir vu évoluer et devenir un endroit de rencontres privilégié.

C’est donc un immense plaisir que de retrouver des visages familiers et d’en découvrir de nouveaux. Et je tiens à souligner combien nous sommes chanceux de pouvoir nous réunir si nombreux. L’occasion de rappeler l’importance des vaccins, sachant qu’il nous reste beaucoup de chemin à faire en matière d’équité vaccinale sur le continent africain.

Au cours de ma carrière, je ne pense pas avoir dû faire face à un moment marqué par autant d’incertitudes et de défis complexes aux dimensions multiples.

Si la liste des crises économiques ayant provoqué des chocs énormes sur nos économies est longue — des crises financières des années 80 à la crise des marchés obligataires de 1998, en passant par celle des subprimes de 2007-2008 —, jamais nos pays n’avaient été confrontés à un tel niveau d’incertitude face à une telle déferlante de chocs externes (crises sanitaire, géopolitique, alimentaire, inflation record…)

Aujourd’hui, la plus grande économie du monde connait un taux d’inflation jamais enregistré depuis 40 ans. La croissance mondiale devrait chuter de 5,7 % en 2021 à 2,9 % en 2022, soit nettement moins que les 4, prévus en janvier dernier. Quant à l'Afrique subsaharienne, elle devrait rester la seule région émergente et en développement où les revenus par habitant ne retrouveront pas leur niveau d’avant la pandémie. Et cela, malgré les énormes efforts consentis par les pays pour faire face à la situation à travers des politiques contracycliques.

Ajoutons à cette liste le défi permanent du changement climatique, qui continue de fragiliser notre continent, l’Afrique. Ce défi a été mis en exergue lors de la COP15 qui a été organisée ici à Abidjan, et qui a montré l’impact que le changement climatique pouvait avoir, et a déjà, sur le développement de nos économies.

Sans paraitre trivial, je suis cependant convaincu que les opportunités abondent et qu’il faut saisir le moment. Cette convergence de crises offre au continent une occasion unique d’opérer les changements structurels nécessaires à la transformation de nos économies.

L’Afrique est à un point d’inflexion. Il s’agit de faire de cette crise un moment de transformation structurelle. Nous pouvons et devons accélérer ce processus. En un mot : nous devons saisir le moment. We need to seize the moment.

Plus que jamais, le secteur privé doit être le moteur des stratégies de développement. Il sera l’élément essentiel pour que la croissance ne soit pas simplement rythmée par l’évolution du prix des matières premières. Il nous faut des entreprises capables d’être compétitives sur le marché extérieur et de produire en masse.

Dans une tribune récemment publiée dans les colonnes du groupe Jeune Afrique, j’insistais sur le fait que le contexte actuel oblige le continent à accélérer les progrès réalisés pour mettre en œuvre la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). 

Portée par le secteur privé, la ZLECAF offre à l’Afrique une opportunité unique de créer des économies d’échelle, de réduire de sa dépendance face au reste du monde tout en conquérant des marchés, non seulement en Afrique, mais aussi à l’extérieur.

Prenons un exemple concret :  le secteur de la construction, qui offre une opportunité unique en matière de création d’emplois, sachant que pour chaque maison construite, cinq emplois sont créés. La demande pour le logement dans les pays africain est gigantesque du fait de l’urbanisation rapide et de l’augmentation du revenu de la classe moyenne. Or, en dehors du ciment, la majorité des intrants pour la construction est importée. Voir éclore des champions régionaux susceptibles de produire à des prix compétitifs dans chacune des filières de la construction est une opportunité à saisir. Ceci exige bien sûr des investissements en infrastructures, une réduction du coût de l’électricité, et la formation d’une main d’œuvre qualifiée. Aujourd’hui, IFC travaille sur la question du logement abordable avec des banques, sur la question des prêts hypothécaires et aide les développeurs à créer les chaines de valeur dans le secteur de la construction. Nous pouvons et devons créer des géants régionaux pour la production de fer, de robinetterie, d’aluminium qui permettront cette chaîne de valeur et de transformer structurellement les économies africaines.

Le même principe s’applique au secteur de l’agriculture. L’Afrique peut nourrir l’Afrique à condition de transformer son secteur agricole et de s’attaquer à la question de l’accès à la terre. Le commerce des céréales se situe bien en dessous de son potentiel du fait des coûts de transaction élevés, de taux de rendements très faibles et d’une logistique inefficace. Je souhaite au passage saluer les efforts de la Côte d’Ivoire, le pays ayant relevé le défi de transformer les chaînes de valeur et l’industrie de la transformation alimentaire sur son territoire, notamment dans le domaine de l’anacarde et du cacao, et ceci, avec le soutien d’IFC.

Face à la pandémie de COVID-19, des investisseurs privés se sont mobilisés avec les partenaires du développement pour rendre possible la fabrication de vaccins en Afrique. Cela montre qu’en un temps record, nous pouvons transformer nos économies et installer des industries, ce qu’il était inimaginable de faire sur ce continent quelques années auparavant.

L’Afrique doit continuer de miser sur le numérique. Nous avons des start-up talentueuses, nous avons beaucoup de talents en Afrique, et les investissements qui seront faits en matière de câbles sous-marins devraient nous permettre d’accélérer cette transformation économique et structurelle de nos économies.

Nous devons, bien sûr, donner priorité aux investissements dans le domaine innovant et profiter de cet accent renouvelé sur la question du changement climatique pour encourager les investissements pour participer à la chaîne de valeur dans ce domaine. Je parle de l’industrie solaire, de l’industrie éolienne et d’autres formes d’énergie renouvelable qui sont en train de se déployer en Afrique et à travers le monde.

Je voudrais donc conclure en disant que l’Africa CEO Forum, qui célèbre son dixième anniversaire, offre une plateforme unique pour échanger et débattre de nos priorités, et définir – ensemble – la voie à suivre. Je suis impressionné par le nombre de leaders d’opinion qui sont réunis ici aujourd’hui, et je suis impatient d’entendre les idées et les suggestions sur la manière dont nous pouvons au mieux collaborer, et surtout, transformer nos idées en solutions concrètes et en actions.

Nous avons beaucoup à discuter et à entreprendre ensemble. Mais le temps presse. Commençons sans plus tarder.