Richard Hatchett. Photo : avec l’aimable autorisation de la CEPI.

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Christina Nelson

Richard Hatchett est directeur général de la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), un partenariat international entre organisations publiques, privées et civiles qui a pour mission d’accélérer le développement de vaccins en vue de futures épidémies. Face à la pandémie actuelle, la CEPI a investi 1,2 milliard de dollars pour financer un portefeuille de 11 vaccins candidats contre la COVID-19, dont trois ont à ce jour une efficacité avérée.

La CEPI copilote également le mécanisme COVAX, dont l’objectif est d’assurer un accès rapide et équitable aux vaccins contre la COVID pour tous les pays, quel que soit leur niveau de revenu. Dans un entretien réalisé début février, M. Hatchett revient sur l’accès aux vaccins des pays en développement et le rôle potentiel du secteur privé pour en accélérer le déploiement. Cet entretien a été édité par souci de concision et de clarté.

Q : Pour l’instant, la vaccination contre la COVID-19 concerne surtout les pays à revenu élevé. Qu’en est-il aujourd’hui de l’accès aux vaccins dans les pays à revenu faible et intermédiaire ?

R : Les programmes de vaccination dans les pays à revenu élevé ont démarré il y a environ deux mois, avec notamment le lancement en décembre de la campagne vaccinale au Royaume-Uni. Depuis, des dizaines de pays ont commencé à vacciner leur population. Si la plupart sont effectivement des pays à revenu élevé, quelques pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure s’y sont également mis. Les pays à revenu faible ou intermédiaire de la tranche inférieure n’ont à ce jour reçu qu’une quantité extrêmement limitée de doses, voire aucune. Aujourd’hui, plus de 100 millions de doses ont été distribuées, dont 75 % environ sont allés à seulement dix pays. Ce mois-ci, le mécanisme COVAX va lancer une distribution mondiale. Selon les estimations des fabricants, nous devrions atteindre pratiquement 600 millions de doses d’ici mi-2021 et plus de 2 milliards à la fin de l’année — dont au moins 1,3 milliard seront réservées à 92 pays à revenu faible et intermédiaire.

Q : Quand les habitants des pays à revenu faible et intermédiaire peuvent-ils espérer se faire vacciner ?

R : Sur la base des accords et des partenariats actuels conclus par le mécanisme COVAX, les pays concernés devraient recevoir suffisamment de doses pour vacciner environ 27 % de leur population. De nombreux pays, comme les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et les membres de l’Union européenne, ont pris des dispositions qui devraient leur permettre de recevoir probablement plus de vaccins que nécessaire. Ils ont passé plusieurs commandes pour des produits dont nous ne savions pas à l’époque s’ils seraient efficaces. Par chance, la plupart des vaccins le sont. À condition qu’ils puissent libérer des doses, qui seront ensuite distribuées via le mécanisme COVAX, nous devrions atteindre d’ici la fin de l’année une proportion de personnes vaccinées encore supérieure.

A midwife vaccinates children in Kamen Thom Village, Cambodia (2019).
Une sage-femme vaccine des enfants à Kamen Thom, un village du Cambodge (2019). Photo : Dominic Chavez/Banque mondiale

Q : Ces vaccins n’ont pas tous les mêmes caractéristiques, pour ce qui est notamment des contraintes de distribution. Quelles évolutions récentes pourraient faire la différence pour les pays en développement ?

R : Les contraintes logistiques liées à la distribution d’un vaccin sont un aspect important à prendre en compte, surtout dans les environnements mal dotés et dans les pays qui ne sont pas forcément rompus aux campagnes vaccinales pour les adultes. Contrairement à la vaccination des enfants, pour laquelle chaque pays a son programme systématique, la vaccination des adultes et, en particulier, des personnes âgées et vulnérables, n’est pas pratiquée partout. Et les difficultés s’accumulent avec les vaccins assortis de règles d’administration complexes : mélange de plusieurs composants dans les dispensaires, stockage à -70 ou -20 °C et doses multiples.

Certaines évolutions récentes semblent prometteuses pour les vaccins nécessitant des super-congélateurs et difficiles à manipuler dans des sites mal équipés en dehors des grandes villes ou des principaux centres médicaux. Dans de nombreux pays, certains vaccins mis à disposition peuvent être stockés dans des réfrigérateurs entre 2 et 8 °C quand d’autres se révèlent aussi sûrs et efficaces avec une seule dose. C’est là un formidable progrès.

Q : La CEPI et le COVAX travaillent-ils avec les autorités nationales pour accélérer les programmes de vaccination de masse et aider les pays à résoudre d’éventuels problèmes de logistique et de distribution ?

R : En s’appuyant sur l’Organisation mondiale de la santé, l’alliance Gavi et l’UNICEF — et en partenariat avec la Banque mondiale — le mécanisme COVAX a conçu un outil d’évaluation de l’état de préparation face à la vaccination. Les pays peuvent ainsi identifier leurs éventuelles lacunes. Ces institutions réfléchissent également à des solutions d’accompagnement pour aider les pays à surmonter leurs handicaps actuels.

Q : Quelle serait, à votre avis, la trajectoire à suivre pour garantir un accès aux vaccins aussi équitable que possible ?

R : Le premier frein à l’équité, ce sont les pénuries. Pour remédier à ces inégalités, la solution la plus rapide consiste à accroître le volume global de vaccins disponibles. Vous pouvez partiellement y parvenir en augmentant les capacités de production de vaccins à l’efficacité avérée, mais cela prend du temps. Vous pouvez aussi augmenter le nombre de vaccins qui ont été testés et dont l’innocuité et l’efficacité ont été démontrées. Pour l’instant, nous avons la chance qu’un nombre croissant de vaccins candidats se révèlent sûrs et efficaces. Nous devons veiller à ce qu’ils soient tous produits en respectant les critères de qualité les plus stricts.

Nous comprenons bien que les dirigeants élus (dans les pays développés) aient à cœur de prendre soin de celles et ceux qui les ont portés au pouvoir. Mais les pays qui ont plus de vaccins que les autres doivent avoir bien conscience que ce n’est pas en vaccinant leur population qu’ils pourront, tous seuls, arrêter cette pandémie et mettre fin à tous les dégâts qu’elle provoque dans l'économie mondiale.

Q : Quels sont les arguments en faveur d’une distribution équitable des vaccins anti-COVID dans le monde ?

R : Le premier argument est d’ordre moral : les personnes les plus exposées doivent être vaccinées en priorité.

Vient ensuite l’argument de l’intérêt personnel bien compris : nous devons mettre fin à la pandémie partout pour pouvoir relancer l’économie mondiale et reprendre le cours normal de nos existences. La Chambre de commerce internationale vient de publier une étude qui se penche sur les conséquences économiques de la pandémie. Son constat ? Par ses atteintes à l’économie mondiale, la pandémie sera à l’origine d’un manque à gagner de 9 000 milliards de dollars pour la seule année 2021. Quand bien même les pays à revenu élevé auraient vacciné l’ensemble de leurs habitants, plus de 53 % du coût économique mondial de la pandémie seraient supportés par les économies avancées.

Le dernier argument tient au fait que tant que le virus circule activement sur la planète, il peut muter, devenir plus contagieux et se jouer de toutes les mesures mises en place pour le contrer. Un pays qui aurait protégé sa population par la vaccination n’est pas à l’abri de l’arrivée d’un nouveau variant contre lequel le vaccin sera impuissant et risque de voir ainsi tous ses efforts ruinés.

Q : Comment les entreprises privées peuvent-elles accélérer la distribution des vaccins et comment peuvent-elles s’y préparer ?

R : Nous sommes en train d’organiser la plus vaste campagne de vaccination jamais déployée dans l’histoire de l’humanité, mais nous devons bien admettre que le plus dur est encore à venir. Le rôle des groupes pharmaceutiques qui développent les vaccins est évident. Mais ils doivent également investir dans les chaînes de fabrication pour accroître l’efficacité et doper le rythme de la production. Il existe aussi en amont des partenaires privés qui produisent les matériaux indispensables à la fabrication des vaccins — et ils ont été mobilisés. Ils peinent à répondre à la demande. Les partenaires logistiques — les UPS, FedEx et DHL du monde entier — vont avoir un rôle clé à jouer pour assurer la distribution des vaccins.

Il se peut qu’à un moment donné dans de nombreux pays, les entreprises privées soient en mesure, à travers leurs programmes de santé au travail, d’administrer les vaccins. Ce qui soulagerait considérablement les organismes publics, qui vont devoir faire leur maximum pour assurer une vaccination rapide. Aux États-Unis, les pharmacies sont désormais autorisées à distribuer les vaccins, ce qui montre bien que ce secteur-là est aussi prêt à prendre sa part.

De nombreuses personnes ont exprimé ouvertement leur inquiétude quant au rythme d’élaboration des vaccins. Il faut inciter chacune et chacun d’entre nous à se faire vacciner et je suis convaincu que les partenaires et les employeurs privés peuvent aussi contribuer à relayer ce message efficacement.

Q : À votre avis, à quoi ressemblera la pandémie fin 2021 ?

R : Tout au long de l’année 2020, notre objectif a été de tout faire pour stopper la phase aiguë de la pandémie d’ici la fin 2021, en veillant à ce que le personnel de santé et les personnes les plus exposées à des complications graves ou mortelles soient vaccinés à cette échéance.

Ce plan est aujourd’hui perturbé par les nouveaux variants et par le fait que nous ignorons tout de leur comportement. Nous savons qu’ils se propagent plus vite que le virus qui nous a occupés pratiquement toute l’année 2020. Nous disposons désormais d’outils et de vaccins pour protéger les populations. Le problème, c’est que ces vaccins risquent de n’avoir que des effets partiels au moins sur certaines catégories de variants.

Entre-temps, nous devons tout faire pour endiguer la propagation de la COVID-19 à l’échelle mondiale. Chacun doit savoir que les vaccins ne sont pas la panacée. Nous continuerons d’avoir besoin de diagnostics précis, de vigilance et de médicaments plus adaptés. Nous devons maintenir les interventions de santé publique, même si nous les trouvons pesantes, et y recourir de manière ciblée pour maintenir les taux de transmission au plus bas. Si ces conditions sont réunies, je suis convaincu que nous finirons l’année 2021 mieux armés qu’aujourd’hui.

Publié en février 2021

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