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Gloria Mwaniga Odary

Quand la pandémie de COVID-19 a frappé l’Afrique et que les autorités ont imposé des confinements généralisés, Obi Ozor, président fondateur de Kobo360, une entreprise africaine qui s’appuie sur le numérique pour organiser la livraison de marchandises et mettre en relation les chauffeurs routiers et les sociétés de fret, a compris qu’il devait réagir vite. Les chauffeurs de l’entreprise, qui opère dans 16 pays d’Afrique, étaient victimes de retards aux frontières et dans les ports, ce qui entraînait le blocage des marchandises et le non-respect des plannings. Le volume de biens transportés sur le continent a commencé à diminuer, mettant en péril la survie des entreprises et les moyens de subsistance des populations. Kobo360 devait s’adapter, au risque sinon de disparaître.

Obi Ozor a contacté son personnel avec un message : la seule solution, malgré la crise, était de continuer à aller de l’avant. Et il a compris que s’il voulait que son activité survive à la pandémie, il devait opérer un virage 100 % numérique. En mai, c’était chose faite avec, à la clé, une progression du volume d’activité de 7 %. Le mois suivant, le bond était de 68 %, soit presque dix fois plus. Au mois d’octobre 2020, l’entreprise a enregistré son meilleur chiffre d’affaires brut depuis sa création.

Même si la pandémie ne pouvait pas tomber plus mal, l’entrepreneur le sait : « pour moi, diriger une entreprise, ça a toujours été une question de survie et de débrouillardise. »

Et des problèmes à résoudre, Obi Ozor et Ife Oyedele II, cofondateur de Kobo360, en ont eu leur content en trois ans d’existence. Tout démarre lorsque Obi, encore étudiant dans une université du Michigan, se met en tête d’importer des couches pour bébé au Nigéria. Très vite, il comprend que la lenteur de la circulation des marchandises renchérit tellement le coût des produits de base qu’ils deviennent inaccessibles pour bon nombre d’Africains.

« L’acheminement des marchandises entre Lagos et Kano, un trajet de 1 000 kilomètres, prenait une semaine », raconte-t-il à CNN Business.


Obi Ozor. Photo : Dominic Chavez/IFC

Un véritable poncif quand il s’agit de logistique en Afrique. Selon un rapport de 2018 de la chambre de commerce de Lagos, la bureaucratie, les retards et la corruption dans les ports privent chaque année le Nigéria d’environ 19 milliards de dollars. Le coût relatif de la circulation des marchandises en Afrique est l’un des plus élevés au monde : jusqu’à 75 % du prix d’un bien est à imputer à la logistique, contre seulement 6 % aux États-Unis.

Mais Kobo360 va changer ça. Surnommée souvent le « Uber pour camions », la start-up a déjà permis de raccourcir les délais aux frontières des pays qu’elle dessert et son PDG estime que les utilisateurs de sa plateforme en ligne épargnent en moyenne 7 % de leurs coûts de logistique.

Kobo360 permet également aux propriétaires de cargaisons de choisir leurs chauffeurs en ligne, d’accéder à des statistiques et de suivre en temps réel le trajet des camions. Pour les 50 000 chauffeurs routiers inscrits sur la plateforme au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya, au Nigéria, en Ouganda et au Togo, c’est un gage d’être payés plus vite et de bénéficier d’autres avantages. Dès qu’ils font affaire avec un client, ils touchent la moitié de leurs honoraires et ont accès à toutes les informations importantes sur les conditions météorologiques et de circulation. L’argent étant versé sur leur compte dans l’application, ils ne sont plus obligés de voyager avec de grosses sommes d’argent liquide et de s’exposer ainsi aux vols et aux atteintes physiques.

Les investisseurs, dont IFC, ont permis à Kobo360 de lever 42,3 millions de dollars en prises de participation.

Les plans d’Obi Ozor pour développer son entreprise sont aussi ambitieux qu’au moment de sa création, il y a trois ans. Sa nouvelle mission ? Créer un système d'exploitation logistique mondial pour garantir une circulation rapide et bon marché des biens sur tout le continent.

« Le défi pour nous désormais est de créer une activité vraiment panafricaine et d’offrir ainsi un modèle au reste du monde », explique le PDG. « Mon rêve, ce n’est pas d’avoir une entreprise qui pèse 500 millions de dollars aujourd’hui. Je veux atteindre les 2 milliards de dollars d’ici quelques années. Nous, les entrepreneurs d’aujourd’hui, avons le devoir de réussir et de montrer la voie aux générations suivantes. »